BESTIAIRE, HERBIER ET… VERBIER
Avec sa belle taille et sa robuste reliure métallique, la publication ci-jointe ressemble un peu à un cahier d’écolier, mais… ce n’est pas un cahier d’écolier.
C’est un recueil de poèmes de Jean Rogissart illustré par Simon C. et édité par l’Association Art et passion du livre en Ardenne.
Les 30 poèmes proposés là sont comme des leçons de choses. Ils aiguisent, ils augmentent notre regard. Ils parlent presque tous d’animaux et de végétaux. Tous sont du coin. Ils nous sont familiers.
Il y a la coccinelle, l’âne, le dindon, le taureau, les hirondelles, les lapins, le chien, les pigeons, le sanglier, les champignons, le moineau, le pommier et la pomme, les corbeaux…
On les reconnaît. On les connaît bien. Trop bien peut-être ?
Mais alors, ce qu’il y a de magique, c’est que le poète Jean Rogissart, par la grâce de son verbe, nous les donne à voir autrement. Il nous les réinvente, comme on dit modernement.
Il réussit ce tour en jouant, en jonglant avec les mots, leur diversité, leur rareté, leur sonorité. Le mot qui nomme l’animal, par exemple, il l’anime, il l’étire, il le fait sonner, résonner, en convoquant, l’air de rien, des mots voisins, des presque homonymes, des paronymes.
Tenez, prenons le poème "Canards".
Voilà la première strophe : « Cahin-caha, les canes blanches, / Les canes beiges se déhanchent / Suivant leur mâle au béret vert / Qui les conduit, en théorie, / Vers / On ne sait quelle frairie / De petits têtards et de vers. »